Les Véhicules Electriques
 

Les activités relatives aux véhicules électriques et hybrides sont menées en collaboration,
depuis 2003 avec la Spin Off Green Propulsion.

Inauguration de la Kangoo Hybride

Mettez un électricien dans votre moteur

         La technologie est au point, mais scepticisme et ignorance prévalent encore trop souvent. Pourtant, dans nos villes gangrenées, la voiture électrique est peut-être le véhicule de demain. état de la question, avec plusieurs centres de recherche de l'ULg.

         La voiture, c'est ma liberté claironnait naguère une publicité généreusement étalée sur les murs de nos cités. C'était le temps où les espaces urbains étaient progressivement livrés à la voracité de l'hydre automobile.

         On sait ce qu'il en est advenu aujourd'hui. Les villes sont de plus en plus engorgées et, par temps de canicule, les niveaux d'alerte de pollution à l'ozone sont régulièrement atteints. D'où les plans d'urgence bricolés en ordre dispersé dans plusieurs pays européens, visant à limiter la circulation dans les métropoles. D'où aussi la recherche éperdue de la voiture propre.



Les véhicules électriques exigent des infrastructures spécifiques. Entre autres, des bornes de recharge
Les véhicules électriques exigent des infrastructures spécifiques. Entre autres, des bornes de recharge

Des recherches interdisciplinaires

         Le salut viendrait-il des véhicules électriques ? C'est pour répondre notamment à cette question que le Pr W. Legros, recteur de l'ULg et titulaire de la chaire d'électro-technique, a souhaité, il y a un an, une coordination des diverses études en la matière au sein de notre alma mater, lesquelles sont à présent menées sous la conduite d'un électricien (J.-L. Lilien), d'un chimiste (A. Germain), d'un métallurgiste (J. Frenay), d'un thermicien (J. Lebrun), d'un mécanicien des transports (A. Jamoulle), en coopération étroite avec le Centre environnement de l' ULg (dirigé par Joseph Smitz).

         " Prudente et fidèle à sa vocation scientifique, l'Université ne s'est pas lancée tête baissée dans le projet des véhicules électriques ", annonce d'emblée J.-L. Lilien, chargé de cours à l'institut d'électricité Montefiore. Et celui qui est le véritable coordonnateur de la recherche interfacultaire de souligner : " Pas question en tout cas pour nous de considérer ce nouveau type de voiture comme une panacée universelle ". Bref, il s'agit non de légitimer à tout prix le véhicule électrique, mais de vérifier si ce nouvel engin se justifie tant du point de vue de l'énergie que de celui de la pollution.

         Une étude comparative a donc été lancée, dans les rues de Liège, entre un véhicule équipé d'un moteur diesel et un véhicule propulsé grâce à de l'électricité produite par des batteries. Expérience en situation réelle qui - cela mérite d'être signalé - est beaucoup plus significative que les essais sur bancs à rouleaux, à vitesse constante, sur lesquels se fondent d'ordinaire les chiffres fournis par les constructeurs automobiles. Et là, force est de constater que le bilan énergétique global est quasi identique pour la voiture traditionnelle et la voiture électrique, du moins si l'on fait entrer en ligne de compte toute l'énergie utilisée depuis l'extraction du combustible (pétrole ou uranium) jusqu'à l'énergie fournie à la roue.

         Si on prend la qualité de l'environnement comme paramètre, la voiture électrique a apparemment tous les avantages : elle ne pollue pas quand elle roule et son démarrage s'opère en silence et sans la moindre bouffée d'hydrocarbure. Par contre, si on envisage toute la filière de production d'électricité, il faut quelque peu tempérer son enthousiasme : en effet, en amont, la voiture électrique induit de la pollution puisqu'elle ne peut rouler qu'en s'alimentant via la production des centrales électriques (nucléaires, au gaz, au charbon...).

         " En somme, quand on compte tout, y compris la production d'énergie à l'amont et les pertes de rendement en cascade, conclut Joseph Smitz, on constate qu'en ce qui concerne la consommation globale d'énergie, on ne gagne pas vraiment avec la voiture électrique. S'agissant de l'émission globale des polluants, l'avantage de la voiture électrique actuelle n'est pas déterminant, le seul avantage incontestable étant que la pollution est généralement émise en-dehors des zones urbaines. En conclusion, du point de vue de l'environnement, c'est une solution attractive, mais il est impératif que des progrès soient encore réalisés. Ce secteur de recherche est donc un domaine de choix pour les équipes de recherche de l'ULg. "

Un atout pour l'ULg et la région

         Il existe à ce jour trois types de véhicules électriques. Le premier, qu'on peut qualifier de “pur”, est alimenté par des batteries dans lesquelles se fait le stockage de l'énergie électro-chimique; le second, de caractère mixte ou hybride, comprend un moteur diesel et un moteur électrique, ce dernier servant essentiellement d'appoint; le troisième, le plus récent et le plus prometteur, se nourrit d'une pile à combustible : on peut y entrer de l'hydrogène, lequel se combine avec de l'oxygène, ce qui forme de l'eau mais a le grand avantage de dégager de l'énergie électrique. Ce genre de pile est utilisé dans la recherche spatiale depuis belle lurette.

         Certes, bon nombre de freins subsistent, notamment de nature psychologique. Les véhicules électriques ont une autonomie limitée, à ce jour inférieure à 100 km; leur vitesse est réduite à tout au plus 90 km/h; leurs batteries et l'approvisionnement en énergie laissent sceptiques quantité d'utilisateurs potentiels; leur prix d'achat est beaucoup trop élevé, etc. Sans parler des services après-vente et des infrastructures (bornes de recharge, garages) qu'exigera immanquablement l'émergence du marché de la propulsion électrique.



Tableau de bord d'un véhicule électrique : l'état de charge
Tableau de bord d'un véhicule électrique : l'état de charge

         Il y a là un champ d'investigations qui est déjà amplement exploré à Liège et dont il serait vraiment trop long de rendre compte ici par le menu. Il pourrait cependant aussi être exploité, au meilleur sens du terme, par notre Université et pour le plus grand bénéfice d'une région frappée de plein fouet par un inquiétant processus de désertification économique.

         Cependant, ce mode de transport a aussi des avantages évidents : la propreté, le silence et même la lenteur, tellement propices à une certaine qualité de vie. Le bourgmestre de Liège J.-M. Dehousse en est convaincu qui a récemment mis en place un “Club liégeois du véhicule électrique”, instance de concertation entre différents partenaires - notamment l'ALE et l'Intermosane - à laquelle participe l'ULg en la personne de J.-L. Lilien. Le défi est de taille, car il y va de la mobilité et de la salubrité dans la Cité ardente. Et l'impératif est d'autant plus urgent que le programme européen Auto-oil, adopté l'année dernière lors d'un Conseil des ministres de l'Environnement des Quinze, prévoit à terme une réduction drastique de la pollution automobile. Face aux diverses inerties, les pouvoirs publics ont un rôle incitateur à jouer, notamment par le recours grandissant aux engins électromobiles pour leurs “flottes captives” (services urbains, etc.) et par des aides accordées aux particuliers pour les encourager à renoncer à leur voiture traditionnelle en milieu urbain.

         Volens nolens nous serons bien amenés à faire preuve d'initiative, voire d'audace. à quand, par exemple, un parc de véhicules électriques à la disposition de tous ceux qui fréquentent le campus du Sart Tilman ? " Je crois savoir que le Recteur est très intéressé par ce type de projet ", nous a confié J.L. Lilien.

Extrait du 15ème Jour daté du 24/09/1998, n°77


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